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Un article de Jean-François Serval dans les Echos sur la politique de Trump

Le protectionnisme de Donald Trump accélère la régionalisation de l’économie mondiale »

La stratégie « MAGA » de Donald Trump engage les Etats-Unis dans la voie d’un isolationnisme industriel qui va amplifier la fragmentation des économies. Laquelle nécessitera une nouvelle donne monétaire où l’euro a toutes ses chances, avance Jean-François Serval.

Les mesures douanières de Trump sont-elles un coup d’épée dans l’eau, alors que leurs effets sont, en l’état, relativement négligeables ? La croissance mondiale pour 2025 se révèle plus robuste que prévu, à 3,2 % selon l’OCDE, et l’économie américaine connaît une phase de repli avec un marché du travail en net ralentissement et un niveau d’inflation plus fort que l’objectif. La potion protectionniste n’a pas dopé sa croissance.

Le maintien des échanges est un signe positif pour l’économie mondiale, il permet à cette dernière de supporter le poids des déséquilibres dus au montant de la dette. Une diminution substantielle des échanges internationaux serait fatale pour l’ensemble des acteurs de l’économie mondiale.

Faire baisser le dollar ?

On peut considérer alors que les Etats-Unis, pour maintenir une croissance minimale, n’ont d’autre choix que de miser encore sur la baisse du dollar. Le repli du billet vert, couplé à la hausse des tarifs douaniers, peut-il permettre de reconstituer un outil industriel capable de lutter avec les productions des pays les plus performants ? La réponse est loin d’être évidente, tant les écarts de compétitivité se sont creusés entre les Etats-Unis et leurs grands concurrents internationaux.

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La stratégie « MAGA » du président Trump apparaît plutôt comme un mouvement de repli, que comme un élan conquérant, en dépit du volontarisme de son promoteur. Le consommateur, hors les Etats-Unis, n’achètera pas de voitures américaines, si celles-ci ne peuvent rivaliser avec les performances des meilleurs modèles.

Le consommateur américain moyen, s’il n’a plus accès aux produits importés, car trop chers, n’aura d’autres choix que d’acheter du Made in USA, mais de qualité inférieure. L’Amérique se voit ainsi engagée dans une dynamique d’isolationnisme industriel qui amplifie la tendance récente à une fragmentation des grandes zones économiques.

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Le dollar et son évolution sont bien au coeur de cette reconfiguration de l’économie mondiale. La suprématie du billet vert en tant que monnaie d’échange internationale est désormais remise en question. Le monde est confronté au défi de la faiblesse structurelle du dollar etla perte de confiance qui l’accompagne : dès lors, quel outil monétaire pourra servir de support aux échanges internationaux garants de la croissance mondiale ? L’absence de réponse claire à cette question justifie l’inquiétude des milieux économiques face au futur agencement des parités monétaires qui représente aujourd’hui l’enjeu le plus déterminant d’une économie mondialisée.

Une nouvelle donne monétaire

Dans la logique d’une régionalisation renforcée des grandes zones économiques, il est raisonnable de penser que chacune d’entre elles évoluera avec son propre espace monétaire, et son étalon de référence. L’euro dans cette configuration est bien placé pour tenir une place centrale, si, du moins, la zone euro se montre capable de défendre son appareil productif.

La question d’un étalon universel reste cependant ouverte afin d’assurer le règlement des transactions internationales, indispensable aux échanges entre zones.

La question d’un étalon universel reste cependant ouverte afin d’assurer le règlement des transactions internationales, indispensable aux échanges entre zones. La mise en oeuvre d’un étalon cryptographique nous semble la solution la plus adaptée aux évolutions technologiques des marchés mondiaux. Géré par une banque centrale universelle, Il garantirait un nouveau système de change à parités fixes, mais ajustables, qui prenne en compte les besoins et les capacités de chaque pays.

Cette nouvelle donne monétaire n’est envisageable que dans le cadre d’une entente entre les nations les plus puissantes économiquement qui déterminent la structure des échanges. Un formidable défi à relever pour un monde menacé par la multiplication des tensions géopolitiques, qui chercherait alors un nouvel équilibre à travers un intérêt économique commun bâti sur une réforme monétaire qui rassemble. Le rêve du « doux commerce » de la philosophie des lumières enfin réalisé !

Jean-François Serval est président de Groupe Audit Serval & Associés, et l’auteur de plusieurs ouvrages sur la monnaie, dont le dernier, « Innovations financières et Réforme monétaire ou comment sortir du piège de la dette » (Lextenso, 2022).

Jean-François Serval

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